jeudi 12 juillet 2007

Escalade: La peur de la chute



Une barrière à la progression

Très souvent, le vol est une barrière psychologique à la progression d'un grimpeur. Accepter la chute permet d'aller au bout de soi-même et de ses efforts. Tout comme un oisillon, le jeune grimpeur (jeune de son expérience) doit affronter le vide et la peur de la chute. Une fois en vol, l'oisillon prend confiance et progresse très rapidement, pour enchaîner vrilles et looping. Une fois la chute acceptée, le grimpeur se lance dans des degrés de difficulté sans cesse plus élevés qui le feront progresser. Le vol est aussi la meilleure façon de prendre confiance en la chaîne d'assurage : depuis son baudrier, jusqu'à l'assureur et en passant par la corde. Il est courant d'envoyer des débutants dans des voies plus dures, ou de pratiquer une école de vol, afin de les mettre en confiance avec le matériel.

Maîtriser sa peur
Comme dit précédemment dans l'article intitulé « Attention, je vole ! », la peur de la chute est un facteur limitant à la progression ! Maîtriser sa peur et ainsi, accepter la chute est un passage obligatoire pour qui veut progresser.

Effets de la peur
La peur agit de façon notoire sur les performances. On pourrait croire qu'avoir peur va permettre de décupler ses forces et de réaliser ainsi une performance bien supérieure à la normale. C’est faux !
Perte d'énergie - hypertonie
La peur entraîne généralement une préhension des prises de main accentuée. On serre très fort ce qui semble nous sauver. Très vite les avant bras s'épuisent, et la chute devient alors inévitable.
Essoufflement
La peur stresse le grimpeur qui s'essouffle très rapidement. Il ne gére plus sa récupération. Associé à l'énergie supplémentaire qu'il laisse pour ne pas tomber, le grimpeur s'épuise très rapidement (quelque fois en moins de trente secondes !).
Inhibition technique
Le grimpeur n'ose plus croiser, faire une lolotte et j'en passe. Il reste planté au milieu de sa voie sans pouvoir prendre aucune initiative. Il ne réfléchit plus pour passer, il tire avec ses bras et au mieux, pousse avec ses jambes. Il arrive très régulièrement que le grimpeur mousquetonne trop tôt ou dans une position inadéquate.
"Paralysie mentale"
Stade ultime de la peur, elle emprisonne le grimpeur dans une psychose du vol. Le grimpeur est alors incapable d'avancer, de bouger le moindre doigt. Il n'est plus possible de monter ou de descendre ... Alors que faire, si ce n'est accepter le vol ou continuer à grimper ? Devant ces quelques effets, il faut se rendre à l'évidence. Bien souvent, la peur accentue les risques d'une chute. Les objectifs d'un débutant ou d'une personne ayant peur se déclineraient ainsi :
Etre conscient d'une chute potentielle : bien connaître son niveau et sa capacité physique ;
Bien se protéger (en terrain d'aventure, notamment) et anticiper les passages difficiles d'une voie ;
Prendre confiance : en soi, en la chaîne d'assurage et en l'assureur ;
Accepter la chute lorsque celle-ci n'est pas dangereuse ;

Contrôler son émotivité lorsqu'il y a danger.

Prendre conscience d'une chute potentielle
Prendre conscience à un moment donné que l'on puisse tomber est peut-être la meilleure alarme qu'a le grimpeur pour se protéger. En sachant que je puisse tomber, j'analyse la situation pour en déduire si la chute est dangereuse ou non. Cette étape nécessite un excellent feeling de la part du grimpeur et une très bonne connaissance de son niveau et des ses capacités physiques.

Bien se protéger et anticiper
Cette phase est peu commune aux sites écoles ou autres falaises bien équipées. Cependant, en terrain d'aventure ou parfois même, dans de grandes voies, le grimpeur doit apprendre à bien se protéger et à anticiper les passages plus difficiles. Un grimpeur sachant bien se protéger ne se pose alors plus la question de chute. En anticipant, il a placé la bonne protection au bon endroit (notamment avant le passage difficile), de manière à ne pas se faire mal s'il chute.

Prendre confiance
Cette étape est souvent la première à travailler. Le grimpeur doit avoir confiance en lui. Il connait alors ses limites physiques et sait qu'en deça, il ne chute pas. C'est aussi prendre confiance au matériel de la chaîne d'assurage : baudrier, corde, dégaines, freins, ... Différents exercices permettent de prendre confiance dans le matériel. Ne pas hésiter, par exemple, à se laisser pendre dans le baudrier au départ d'une voie, sur la première dégaine (ou d'y réaliser un petite chute en second, sous la dégaine). Enfin, c'est avoir confiance en l'assureur. Cette confiance doit être légitime. Personnellement, je me méfie des débutants et des personnes avec qui je grimpe pour la première fois. La confiance vient avec l'expérience mutuelle. Si vous changez sans cesse de compagnon de cordée et que vous avez toujours peur de celui ou celle qui vous assure, alors essayez de grimper régulièrement avec la même personne. Vous verrez, ça change la donne !

Accepter la chute lorsque celle-ci n'est pas dangereuse
Dès que l'analyse de la situation est faite, et que la chute n'est pas dangereuse, accepter celle-ci. C'est le meilleur moyen de se débrider.

Contrôler son émotivité lorsqu'il y a danger
En cas de danger (pendule, vire, retour au sol, facteur 2, ..), jouez la carte ZEN. Comme décrit précédemment, si vous paniquez, la chute sera certaine. En restant calme, vous avez de bonnes chances de vous sortir de la situation dans laquelle vous êtes.

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